Il y aura Manning, et il y aura le reste
Richard Labbé
Ça fait tout drôle d'avoir à passer un dimanche sans football, n'est-ce pas? Avouez-le: vous êtes même un peu confus. Pas de quart à ridiculiser, pas la moindre décision douteuse d'un entraîneur à critiquer. Et même pas le moyen de faire une autre blague désopilante sur le coton ouaté de Bill Belichick.
Tout ça parce que notre NFL chérie, dans sa grande sagesse, préfère une semaine de «congé» entre les finales de conférence et le SuperBowl. Ça, c'est pour bien s'assurer que le SuperBowl puisse bénéficier du traitement médiatique approprié. Après tout, pourquoi se contenter de peu quand on peut très bien passer deux semaines à analyser ce match sous tous les angles? Pourquoi se contenter d'entrevues avec le père de Peyton Manning quand on peut aussi poser des questions à son professeur de troisième année?
Le 41e Super Bowl (en fait, le XLIe, si on comprend bien) sera disputé à Miami, dimanche prochain. Contrairement à ce que La Presse avait prédit en septembre, les Panthers de la Caroline n'y seront pas, pas plus que les Broncos de Denver. On aura plutôt les Colts contre les Bears.
Mardi, déjà, ce sera le moment que l'on attend tous: la grande journée des médias. On peut déjà prévoir les grandes questions qui seront sur toutes les lèvres. Quelqu'un, quelque part, va sans doute demander à Lovie Smith si ça fait longtemps qu'il est un entraîneur noir. Tony Dungy aura peut-être lui aussi à faire face à cette épineuse question. Ne riez pas; en 1988, le quart Doug Williams- le premier Noir de cette position à atteindre le gros match- avait dû répondre à une question du genre.
On en profitera aussi pour rappeler, sourire en coin, que les Super Bowl à Miami ont l'habitude d'être un peu fous. Et pas pour les bonnes raisons. On se souviendra d'un joueur des Falcons d'Atlanta qui était allé aux putes la veille du match, d'un joueur des Bengals de Cincinnati qui ne s'était même pas présenté au stade; le gars avait passé la nuit d'avant sur la go, comme on dit...
À la place de messieurs Smith et Dungy, on s'arrangerait pour que les joueurs restent très loin de South Beach.
Petite question: des histoires sur Peyton Manning, il va s'en dire et écrire combien au cours des prochains jours?
Il a besoin d'être prêt, le Peyton. Parce que ça va être gros. Manning est peut-être le joueur le plus connu sur la planète NFL. Il est spectaculaire, il a déjà plusieurs records à sa fiche, et tout le monde a vu ses pubs à la télé.
Et voilà que ce joueur-là va débarquer dans le plus grand cirque médiatique sportif en Amérique...
Ce n'est plus un secret: l'équipe qui gagne le Super Bowl, c'est souvent celle qui est la mieux préparée. Celle qui ne se laisse pas distraire par les caméras et les jolies filles qui courent partout. Tony Dungy a souvent répété que son quart vedette est l'un des joueurs les plus sérieux de la ligue. On verra bien si c'est vrai. Il y aura des tonnes de bonnes histoires à ce 41e Super Bowl, des tonnes de bonnes histoires à raconter. Mais il y aura avant tout Manning, le nouveau favori de tous. Celui que tout le monde veut voir triompher sur la grande scène.
Cette semaine sera la sienne. À Miami, il va y avoir Peyton Manning... et les autres. Il va y avoir un homme et son destin. Une dernière victoire, et Manning, enfin, pourra passer dans la classe des grands. Et éviter de finir dans le cagibi de la honte aux côtés de tous ceux qui n'ont jamais gagné le «gros» match.
C'est une histoire comme l'Amérique les aime. À Manning d'écrire la conclusion rêvée.
SUPERBOWL
La ligne à l'attaque des Colts jouera un rôle vital
Associated Press
Indianapolis
Les receveurs étoiles Marvin Harrison et Reggie Wayne se retrouvent souvent sous les feux de la rampe, mais Tarik Glenn et Jeff Saturday sont peut-être tout aussi utiles aux Colts d'Indianapolis.
Glenn, un bloqueur du côté gauche, a été sélectionné pour participer au Pro Bowl à chacune des trois dernières années. Saturday, un centre, a été choisi parmi les joueurs étoiles du circuit ces deux dernières saisons. Ils sont les clés de voûte d'une ligne à l'attaque qui est devenue l'une des meilleures de la NFL, mais qui demeure à l'ombre du QB Peyton Manning, des receveurs et des porteurs de ballon de l'équipe.
«Je pense que c'est tout simplement la nature du football, a déclaré Saturday. Nous avons des joueurs de position qui sont très habiles. On leur accorde évidemment beaucoup d'attention. Je pense que nous faisons notre part. Nous accomplissons le travail qu'on attend de nous. Si tout ça passe inaperçu, ainsi soit-il. L'important, c'est de remporter des matchs.»
Grâce au succès de la ligne offensive, Manning n'a pas raté un seul match en neuf ans dans la NFL, une série de 156 affrontements si on inclut les Playoffs. Manning n'a jamais été plaqué plus de 30 fois derrière la ligne de mêlée au cours d'une même saison.
Les RB des Colts ont atteint le cap des 1000 yards au sol aux cours de 11 des 13 dernières saisons — qu'il s'agisse de Marshall Faulk, Edgerrin James, Dominic Rhodes ou, cette année, de la recrue Joseph Addai. James a été couronné meilleur porteur de ballon de la NFL deux fois avant de se joindre aux Cardinals de l'Arizona à l'issue de la saison 2005.
«Nos joueurs de ligne se font une fierté de nous aider à faire avancer le ballon, a affirmé Rhodes. C'est ce que nous voulons faire. Les gens pensent peut-être que nous n'accordons pas beaucoup d'importance au jeu au sol, mais le travail se fait et c'est ce qui compte.»
Selon Saturday, Glenn est tout aussi fort mentalement qu'il ne l'est physiquement.
«Tarik est l'un des joueurs les plus intelligents que j'ai côtoyés, a dit Saturday. Il comprend très bien les nuances du football, et il est tout un athlète. Semaine après semaine, il affronte le joueur de l'autre équipe qui est le plus menaçant pour notre quart, et il est très bon lorsque vient le temps d'étudier leurs trucs et leurs tendances.»
Selon Glenn, Saturday a les mêmes qualités. L'athlète de six pieds deux pouces et 295 livres dicte souvent la stratégie que suivra la ligne offensive sur le terrain, puisse qu'il utilise sa puissance pour indiquer le chemin à ses coéquipiers.
«Il est dominant, a déclaré Glenn à son sujet. Si on regarde les joueurs qui occupent la même position que lui, c'est rare de trouver des gars qui ont autant de responsabilités et qui, en même temps, peuvent jouer à un niveau aussi élevé.»
La longévité est l'une des clés du succès de la ligne à l'attaque des Colts. Glenn a amorcé sa carrière avec une séquence de 101 matchs d'affilée. Saturday a connu une série de 75 matchs de suite.
«La communication est tellement importante, a dit Glenn. Ca prend de l'expérience, il faut passer du temps ensemble, et répéter sans cesse les mêmes gestes. Plus tu passes du temps avec le même groupe, plus tu deviendras un joueur efficace.»